Hannah Arendt l’avait déjà constaté :
« Une révolution de palais réussie aurait, pour le mouvement (totalitaire) dans son ensemble, des résultats aussi désastreux qu’une défaite militaire ». [53]
Un tel soulèvement requiert néanmoins beaucoup de courage, et plongerait ses acteurs dans l’exil, comme c’est le cas pour les lanceurs d’alerte. Un intense travail pourrait être mené, de manière à transmettre un tel message aux agents de sécurité privée.
Le Key-Déli-Ô-Scope est une première tentative de transmission. Cependant, pour parvenir à faire passer une telle idée dans les milieux sécuritaires, il est nécessaire d’être sous les feux des projecteurs, par conséquent d’être hautement surveillé. Un stratagème possible reviendrait donc à se faire volontairement surveiller par des agents de sécurité privée, tout en veillant à ce que le message se diffuse dans le plus d’agences possibles. Il faudrait trouver un moyen pour que ces agents révolutionnaires soient en mesure de se rencontrer, de communiquer entre eux.
Dans Le Key-Déli-Ô-Scope, l’exemple est donné par Diane, qui discourt au travers de la puce qu’on lui a implantée, et du dispositif de surveillance qu’on a placé dans son appartement. Il faudrait penser à un moyen similaire de transmission, mais qui soit si possible moins liberticide qu’une puce électronique. La question reste sujette à réflexion. Le risque de cette idée provient du fait que les agences de sécurité privée pourraient demander à certains de leurs agents d’infiltrer le mouvement de soulèvement. Elles pourraient ainsi récolter des informations sur les agents de sécurité révolutionnaires, les profiler de manière très précise, appliquer des stratégies intérieures de démantèlement, et tenter d’anéantir le mouvement.
Il est également possible qu’elles redoublent en répression, menaçant leurs agents, afin de les empêcher de se révolter. Néanmoins, si ces agents de sécurité opèrent un soulèvement, il est important de rappeler que ces individus sont des professionnels de la surveillance : en travaillant ensemble, ils trouveront les moyens de se protéger, de déjouer les pièges de leurs surveillants, et de s’organiser. Et si le mouvement se répand, les agents de sécurité révolutionnaires seront protégés par l’aura médiatique qui peut les accompagner. Leur image vis-à-vis des populations est en somme assurée : même si la plupart des gens ne rechignent pas à se faire surveiller (ou pensent généralement ne pas l’être), il suffit de voir quelle icône populaire est devenu Edward Snowden pour se convaincre du fait que si un mouvement révolutionnaire sécuritaire venait à émerger, il serait soutenu moralement par nombre de citoyens.
Références
[53] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme : Le système totalitaire, op.cit., p. 163