J’ai ensuite assisté à la conférence de Matthieu Leimgruber, qui synthétisait très bien son livre sur Bührle.
Je n’avais pas encore eu l’occasion de le lire, par conséquent, cette conférence m’a permise d’avoir une vision globale sur la vie d’Emil Bührle.
J’ai rencontré des gens du Musée d’Orsay et Raphael Denis, un artiste du Kunsthaus, puis je suis rentrée en Suisse.
Le 17 janvier 2024, je suis allée voir Jakob Tanner dans un institut d’histoire à Zurich.
Jakob Tanner est historien et professeur émérite à l’Université de Zurich. Il est essentiellement connu pour ses travaux sur la neutralité
suisse.
Jakob Tanner m’a très bien accueilli dans un bureau qu’il avait réservé pour l’occasion.
Il m’a fourni de la documentation et des informations sur la problématique Bührle.
Jakob Tanner m’a parlé de la Commission Bergier, dont il a fait partie.
Jakob Tanner m’a ensuite fait prendre connaissance de la Commission PULT dirigée par Nikola Doll.
Il s’est attardé sur les Stolpersteine, qui sont des pavés de béton ou de métal qui honorent la mémoire des victimes du nazisme.
Jakob Tanner m’a expliqué qu’en 2012, il y a eu un référendum contre l’extension du Kunsthaus.
Nous avons ensuite discuté sur la notion d’opportunisme.
Jakob Tanner m’a dit que la Fondation Collection Bührle bénéficiait indirectement des recherches de provenance réalisée par le Kunsthaus. Ces recherches de provenance sont financées par l’État.
Il a fini par me dire que les collections devraient appartenir aux pouvoirs publics.
Après cela, devant l’institut d’histoire, j’ai pris en photographie Jakob Tanner.
Nous sommes allées nous promener dans Zurich, marchant dans les rues, puis nous sommes allés boire un verre. Il m’a mené jusqu’à la bibliothèque et nous nous sommes quittés.
Je suis allée visiter des galeries à Zurich.
Une des galeries que j’ai visité a accepté de participer à l’enquête.
Sur le chemin du retour, dans le train, j’ai fait la connaissance de deux journalistes et d’un inconnu.
J’ai exposé ma problématique et le fonctionnement de Secret de Sucre aux journalistes.
L’homme en face de moi semblait absolument comprendre tous les enjeux de ce que je disais, tant il était agité. Mais il ne s’est pas mêlé à
la discussion.
Quand les journalistes sont descendus, l’inconnu m’a demandé ma carte de visite.
Il m’a dit qu’il pouvait peut-être être utile pour mon enquête.
Je n’ai jamais eu de ses nouvelles, mais j’ai senti que cet homme était concerné par la problématique, et qu’il avait beaucoup de choses à
dire sur le sujet.
Arrivée chez moi, j’ai eu l’idée de réaliser un collage avec la photographie de Jakob Tanner.
J’ai donc imprimé sa photographie retouchée avec Photoshop, ainsi qu’une photographie du Kunsthaus que j’avais prise le jour même.
J’ai découpé la photographie de Jakob Tanner, je l’ai mise sur la photographie du Kunsthaus, j’ai coupé la date du jour dans un journal
acheté à Zurich, un 8, et j’ai collé le tout.
J’ai pris en photographie mon collage et je l’ai publié sur mon site internet.
Toute exaltée, j’ai envoyé le lien à Jakob Tanner.
Contre toute attente, Jakob Tanner a été extrêmement gêné, voire dérangé par ce collage.
J’ai compris que qu’il avait vraiment été interloqué par mon collage.
J’ai donc retiré le collage du site.
Nous avons ensuite philosophé par email, au sein d’une très riche correspondance.
Le 22 janvier 2024, j’ai rencontré Félix Bühlmann à l’Université de Lausanne.
Félix Bühlmann est sociologue et professeur associé à l’Université de Lausanne. Il est co-fondateur de l’Observatoire des élites suisses.
Félix Bühlmann m’a accueilli dans son bureau à Geopolis, à Lausanne.
Dans cette période de mon enquête, j’essayais de trouver qui pouvait être les Bührle 2024.
Félix Bühlmann m’a donné les noms des principales élites en Suisse.
Il a été très généreux dans sa description des paradis fiscaux et des ports-francs. Il s’est attardé sur certaines pratiques au bord de la
légalité pratiquées par les élites.
Félix Bühlmann m’a parlé du profit-shifting.
Le profit-shifting est une variante de l’évasion fiscale.
Il a beaucoup insisté sur le fait que le véritable capitalisme est offshore.
Félix Bühlmann a accepté que je le prenne en photographie afin que je puisse réaliser un collage.
Après l’entretien, j’ai pris des photographies de l’Université de Lausanne.
J’ai acheté de nombreux journaux.
A cette époque-là, je n’avais pas encore décidé de demander à mes intervenants de choisir le texte sur leur collage. J’ai donc découpé dans les journaux tous les mots et les images qui pouvaient correspondre à ce que m’avait dit Félix Bühlmann, sans pour autant avoir un message clair à fournir.
Le message sur le collage de Félix Bühlmann ne correspond donc pas du tout à ce qu’il m’a dit.
Bref.
J’imagine qu’il a dû être interloqué par ce collage, car il ne m’a plus jamais répondu.
Néanmoins, cet entretien a été déterminant, car il m’a permis rapidement d’embrasser tout un autre angle de ma problématique, déplaçant le problème Bührle sur des élites contemporaines.
A ce moment-là, je me détournais déjà de la figure de Bührle, car j’avais bien compris que s’attaquer à un fantôme n’arrangerait pas les
problématiques de notre époque.