Le 30 avril 2024, j’ai téléphoné à Hans Ulrich Jost.
Il a commencé par me dire que ma démarche alternative favorise une pensée sur le marché de l’art. Il m’a dit que les Kunsthaus Stories, telles que je les impulsais, représentaient le miroir de notre époque.
Pour Jost, ma question sur la raison pour lesquelles les grandes fortunes se constituent des collections est à côté du phénomène zurichois.
L’ambition de Zürich se traduit par un essor, un succès économique, une recherche de pouvoir mise en valeur par une politique culturelle.
Zürich veut devenir une figure comme Paris ou New-York.
Avec d’autres mots, Hans Ulrich Jost a dit qu’Emil Bührle était la figure de proue et qu’il est devenu la bête noire.
Bührle était un enjeu important pour la Confédération.
Puis le sort a tourné, il est devenu un problème.
Nous avons discuté d’autres sujets, puis nous avons arrêté le téléphone.
J’ai donc le jour même pris une photographie de Jost sur le net, je l’ai imprimée, j’ai aussi imprimé des photographies de Zürich de nuit, quelques phrases
et puis j’ai collé le tout.
Hans Ulrich Jost a vu ce collage publié sur mon site internet.
Il m’a dit que le texte n’allait pas du tout.
J’ai donc donc refait un collage une semaine plus tard, avec les phrases qu’il m’avait donnée.
Ce collage a finalement satisfait Hans Ulrich Jost.
Par la suite, j’ai eu un entretien avec un anonyme qui m’a dit que cela ne servait à rien de se pencher sur l’évasion fiscale si je ne traitais pas dans un même mouvement du blanchiment d’argent.
Le 1er mai 2024, j’ai appelé Martin Hilti de Transparency, un organisme de lutte contre le blanchiment d’argent et contre la corruption.
Martin Hilti m’a dit que le champ d’application de la loi est trop restreint pour pouvoir lutter efficacement contre le blanchiment d’argent par l’art.
Il m’a dit que la situation était ingérable avec le marché de l’art, que c’était un secteur opaque sur lequel il ne pouvait pas y avoir de contrôles.
Martin Hilti m’a donné trois contacts qui pouvaient me servir pour mon enquête.
Le 22 mai 2024, j’ai rencontré Peter Hug à Berne.
Comme Peter Hug s’est retiré du projet, après la lecture du premier jet de mes 440 phrases, je ne vais pas m’étendre sur ce qu’il m’a dit.
Je vais cependant dire que ce personnage glacial, intelligent et intense a eu un énorme impact sur mon enquête.
Peter Hug m’a sévèrement fait comprendre que je m’égarerais si je me focalisais sur la figure d’Emil Bührle.
Comme la Confédération et les élites suisses ont collaboré au nazisme indirectement, il serait trompeur de parler de Bührle, alors que
d’autres acteurs ont agit dans l’ombre. Cette prise de conscience m’a validé la direction que j’ai prise dans
mon enquête.
J’ai pensé pertinent de me préoccuper de problématiques contemporaines, liées aux élites et à certaines de leurs pratiques peu scrupuleuses.
Le 23 mai 2024, j’ai rencontré Monika Roth au Kunstbar, à Zurich.
Cette femme énergique et énigmatique a commencé par me confier que des politiciens de gauche ont proposé de soumettre le marché de l’art à des contrôles contre le blanchiment d’argent.
Au Parlement, les collectionneurs sont très bien représentés. Ces collectionneurs bénéficient d’une grande acceptance sociale.
Monika Roth a mentionné qu’au Parlement, on ne voulait pas voir de corrélation entre le marché de l’art et la drogue.
Elle est même allée jusqu’à dire qu’on traitait les paroles des gens qui militaient au sujet du blanchiment d’argent d’«inventions de gauchistes».
Monika Roth m’a dit qu’il était difficile d’estimer la valeur d’une oeuvre et que son prix pouvait être manipulé.
Avec l’achat d’oeuvres d’art, les grands criminels se donnent les moyens de se payer l’entrée dans la haute société.
Monika Roth déplore que le crime paie.
Le marché de l’art est totalement falsifié et intransparent.
Il est une île dans la régulation.
Les contrôles sont difficiles.
L’État n’a pas assez de moyens de contrôle.
Tous les acteurs qui sont concernés par le blanchiment d’argent snobent cette question car elle va à l’encontre de leurs intérêts.
Nous avons terminé notre café puis nous avons conversé rapidement de choses et d’autres.
Monika Roth a posé pour le collage et choisi ses phrases.
Après mon entretien avec Monika Roth, je suis allée visiter l’exposition Bührle et le reste du Kunsthaus.
Je suis allée visiter des galeries.
Je suis retournée vers la galerie qui voulait participer à l’enquête.
Cependant, à peine ai-je mentionné le fait que mon enquête parlait aussi du blanchiment d’argent, que le galeriste m’a dit qu’il ne pouvait pas me répondre.
Il m’a dit que je devais parler à son directeur.
Ce galeriste a par la suite totalement coupé les ponts. Je n’ai plus jamais reçu de nouvelles de sa part.
Je suis rentrée, j’ai réalisé le collage sur l’entretien avec Monika Roth et je l’ai publié.