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Conférence | Kunsthaus Stories | 07.06.2025

En septembre 2024, le moment décisif était venu.

Je devais écrire mon rapport d’enquête.

440 phrases.

Chaque phrase devait être autonome.

Toutes les phrases devaient être cohérentes entre elles.

Elles devaient embrasser Bührle, les élites, la guerre, le pouvoir, l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent.
Comment tout concilier ?

Cela m’a donné de grands vertiges.

J’ai été incapable de me mettre à écrire.

Je repoussais mon écriture à chaque instant.

J’étais bloquée.

Comme je ne trouvais pas d’issue, j’ai décidé de contacter des
intervenants par téléphone.

J’ai donc téléphoné à Jakob Tanner le 26 septembre 2024.

Nous avons parlé du judaïsme et des raisons de la propagande antisémite. Nous avons ensuite bifurqué sur une discussion très profonde
sur la guerre. Jakob Tanner s’est exprimé sur la logique d’exploitation et de l’expropriation du prolétariat par la classe dominante. Nous nous sommes demandés pourquoi les riches ne se mettaient pas à la place des pauvres.

Par la suite, nous sommes revenus sur Bührle.

Jakob Tanner m’a dit qu’Emil Bührle n’avait pas besoin de blanchir de l’argent car beaucoup de fonds venaient de la Confédération.

Nous avons parlé du rapport qu’entretenait Emil Bührle avec les autorités fiscales.

Jakob Tanner était d’accord avec moi vis-à-vis du fait que les élites n’aiment pas les artistes subversifs.

Nous nous sommes demandés quelle était l’indépendance du Kunsthaus vis-à-vis de la Kunstgesellschaft.

La Zürcher Kunstgesellschaft est la société des beaux arts de Zurich qui chapeaute et finance partiellement le Kunsthaus.

Jakob Tanner et moi-même avons discuté du rapport qu’entretenaient les élites avec les oeuvres d’art.

Nous avons parlé de choses et d’autres et nous avons arrêté le téléphone.

Le 26 septembre, j’ai eu un entretien avec un anonyme au sujet du blanchiment d’argent.

Il m’a donné plein d’exemples et de cas, ce qui m’a permis de mieux comprendre comment le blanchiment
d’argent fonctionnait.

Le 27 septembre 2024, j’ai téléphoné à Hans Ulrich Jost.

Je venais de lui envoyer un document avec 10 pages de questions.

Hans Ulrich Jost a été interloqué par ces questions, qu’il trouvait
nombreuses, mal posées et peu académiques.

Nous avons discuté rapidement et nous avons clos l’entretien.

Le 27 septembre encore, j’ai téléphoné à Ursula Cassani. Elle m’a parlé du blanchiment d’argent, me donnant des définitions et des exemples.

Le 29 septembre 2024, j’ai eu un téléphone avec Monika Roth. Elle m’a donné des définitions, ainsi que des exemples de types d’acteurs actifs dans la blanchiment d’argent.

Le 30 septembre 2024, j’ai eu un entretien avec un anonyme actif dans le secteur bancaire.

Nous avons parlé du fonctionnement de la compliance.

Ce banquier m’a dit qu’en Suisse, i l n’y avait aucun risque qu’une banque propose des services de
blanchiment d’argent ou de blanchiment de la fraude fiscale.

Il m’a conseillé de contacter Carlo Lombardini, qui est expert en droit bancaire, mais également avocat.

Ce banquier anonyme m’a dit que la FINMA était très agressive et possédait beaucoup de pouvoir.

La FINMA est une société publique suisse qui contrôle les banques, les assurances, la bourse ainsi que d’autres intermédiaires financiers.

Il m’a averti que la FINMA pouvait faire tomber quelqu’un, voire toute une banque.

Il a fini l’entretien par me dire quelles étaient les tendances du marché, me précisant quels investissements fonctionnaient bien et ceux qui étaient à éviter.

Le 30 septembre également, j’ai téléphoné à Tobias Auchli, une connaissance entrepreneur qui est également membre du Kunsthaus.
Nous avons essentiellement parlé des forces du Kunsthaus. Il m’a expliqué le fonctionnement de cette institution.

Le 3 octobre 2024, j’ai téléphoné à Stéphanie Ginalski.

Elle m’a donné quelques définitions. Stéphanie Ginalski m’a parlé des organisations patronales. Elle m’a dit qu’elle pensait que les artistes
devraient être mieux représentés dans la Kunstgesellschaft.

Stéphanie Ginalski m’a dit que la Kunstgesellschaft était toujours maîtresse du Kunsthaus.

Les élites économiques qui en ont font partie ont plusieurs enjeux :
– Faire partie de la Kunstgesellschaft offre un capital symbolique.
– Puis, cela permet d’influencer les choix de l’institution, les politiques d’acquisitions, d’exposition.

Stéphanie Ginalski m’a dit qu’il n’y avait que 5 ou 6 personnes dans le
Vorstand.

Le Vorstand est en quelque sorte le conseil d’administration de la Kunstgesellschaft.

Après avoir parlé du Kunsthaus, nous avons bifurqué sur les politiques inspirées par Keynes, puis nous avons parlé du néolibéralisme et de son impact sur l’augmentation de la disparité des richesses.

Après tous ces téléphones, je me suis mise activement à écrire mes 440 phrases.

Le processus était extrêmement compliqué, car il fallait que les phrases soient très courtes et qu’elles fonctionnent de façon
autonome.

La difficulté était que l’ensemble devait présenter une cohérence, malgré la diversité des sujets traités.

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